Invitée à la
tribune des Nations Unies le 12 juillet 2013, Malala yousafzai prix Nobel de la
paix 2014 déclarait: ‘Nos livres et nos stylos sont les armes les plus
puissantes. Un enseignant, un livre, un stylo peuvent changer le monde.’
La noblesse de son
combat en faveur de l’éducation, l’éloquence et la clarté de son discours a
cette prestigieuse tribune lui ont valu d’être reconnue d’ailleurs par
l’hebdomadaire américain TIME comme faisant partie des personnalités les
plus influentes de l’année 2013.C’est dire à quel point, la question de
l’éducation constitue l’une des plus préoccupantes du monde.
Elle se définit
succinctement comme étant l’acquisition du savoir, de la connaissance dans un
cadre institutionnel crée par l’Etat : l’école. Différents acteurs
interviennent dans l’atteinte de cet objectif assigné à l’école. Il s’agit
hormis l’Etat, principalement des élèves et des enseignants. Si, les seconds
sont ceux qui sont en quête de savoir et donc des apprenants, les premiers en
sont les dispensateurs. En cela, ils apparaissent comme de véritables guides
pour les élèves sur le chemin combien de fois enrichissant et passionnant du
savoir.
Selon le grand Robert,
le guide est une personne qui accompagne une autre pour lui montrer le chemin.
Il la conduit, l’éclaire, l’aide ou encore l’oriente.
Cette succession de
verbes traduit la nature des relations qui devrait normalement exister
entre enseignants et élèves : les premiers guident les seconds sur le
chemin du savoir. Ils leur dispensent des connaissances, apportent une
aide au travail des élèves, en assurent le suivi et procèdent à son évaluation.
Toutefois, la relation enseignant-élève va au-delà de la relation pédagogique.
L’enseignant ne fait pas qu’instruire, il a une fonction de socialisation.
Selon Piaget, « le développement de l'enfant et de l'adolescent,
notamment (… le) détail des processus de socialisation qui modifient la
plupart de leurs caractères psychologiques (…) ne se réduit nullement aux
contraintes spirituelles ou matérielles exercées par l'adulte, dans la famille
ou à l'école, (…) la « coopération » entre contemporains
peut aussi jouer un rôle essentiel, notamment dans le développement des sentiments
moraux ». Ainsi, l’école, la famille mais aussi les relations avec les
autres sont des éléments de socialisation de l’enfant.
Par cette fonction de
socialisation de l’enseignant, nous pouvons prendre la pleine mesure de
l’importance de sa mission. Il contribue à faire de l’élève un être social mais
aussi un être sociable. C’est la raison pour laquelle un certain nombre de
valeurs morales et d’attitudes lui sont dictées, imposées au travers d’instruments
juridiques internationaux et internes. Au niveau international, le texte de
base est la convention de Vienne relative aux Droits de l’Enfant adoptée par
les Nations Unies le 20 novembre 1989 et ratifiée par la Cote d’Ivoire le 04
décembre 1991.L’alinéa 2 de son article 28 relatif au droit à l’éducation
avance en effet que la discipline scolaire doit respecter les droits et la
dignité de l’enfant. Entendons ici par discipline scolaire tous les acteurs du
système éducatif et plus singulièrement les enseignants. Au plan interne,
l’arrêté n° 111 MENET/ CAB du 24 décembre 2014 portant code de conduite des
personnels des structures publiques et privées relevant du Ministère de
l’éducation nationale et de l’enseignement technique impose à l’enseignant et à
l’ensemble du personnel éducatif un certain nombre de comportements.
Au sens de
l’article 3 dudit arrêté, l’enseignant (entendu aussi tout membre du personnel
éducatif relevant du Ministère de l’éducation) doit être de bonne
moralité, aimable et attentionné, accessible et disponible, ponctuel et assidu
au travail. L’article 4 continue pour dire qu’il doit :
- Traiter
l’élève avec respect
- Respecter
l’intégrité physique et morale de l’élève en toute circonstance
- Privilégier
la communication avec l’élève et tenir compte de son avis
- Avoir
un langage décent avec l’élève
- Avoir
un comportement exemplaire
- Faire
preuve d’impartialité et d’équité
- Inspirer
respect et confiance
- Veiller
à établir une relation de confiance avec chaque élève
- Prendre
en compte, en toute circonstance, les besoins de l’élève et tenir compte de
l’intérêt supérieur de l’élève dans toute décision le concernant
Le respect, la
communication, la décence, la gentillesse etc. sont autant de valeurs qui permettent
une meilleure vie en société. La relation entre enseignant et élève va au-delà
de la relation pédagogique. Il s’agit d’une relation entre deux êtres sociaux,
le premier influençant forcément le second qui est dans une phase
d’apprentissage, de découverte, une phase où il ne sait rien et attend d’être
guidé, voire épaulé.
Une relation positive
entre ces deux personnes a de l’impact tant sur les résultats scolaires de
l’élève, sa motivation scolaire, la réduction de l’indiscipline que sur son
épanouissement social. Respecté, l’élève aura de l’estime de soi et rendra ce
même respect aux autres. Ne dit-on pas d’ailleurs que : « on ne
donne que ce qu’on a reçu, que ce qu’on a ».
L’enseignement et donc
l’éducation favorisant l’épanouissement de l’enfant, la construction de
l’estime de soi, les relations apprenants - enseignants doivent être des
relations profondes qui tiennent sur la durée avec un suivi quasi-systématique
des élèves par les enseignants. Ceux-ci doivent être des organisateurs, des
médiateurs, des communicateurs, des éducateurs et placés l’intérêt des élèves
au-dessus de tout autre intérêt. C’est le sens de la dernière obligation de
l’article 4 de l’arrêté précité que voici : « prendre en compte, en
toute circonstance, les besoins de l’élève et tenir compte de l’intérêt
supérieur de l’élève dans toute décision le concernant ». Pouvait-il en
être autrement quand on sait que c’est l’élève qui est au cœur du système
éducatif. En effet, toutes les politiques et mesures prises en matière
d’éducation veillent toujours à son intérêt. L’enseignant étant celui-là même
qui côtoie au quotidien l’élève veille, en principe, à protéger l’intérêt de
l’élève.
Malheureusement, certains faits sociaux ont contribué
à remettre en cause un tel principe. Certains enseignants, dans les faits,
se comportent bien souvent comme des ‘maitres tout-puissants’ dans
la relation qui les lie aux élèves dont ils ont en charge l’encadrement.
En effet, on assiste de plus en plus aux cas d’abus sexuels, de violences, d’humiliations
dont se rendent coupables certains enseignants vis-à-vis de leurs élèves. “TV Mag”, un magazine people ivoirien
affichait à la “une” de son 46ème numéro, un fait insolite :
« un élève de CM2 dans la région de
Koun Fao enceinte son institutrice ». Aussi, on relève dans les colonnes du
quotidien “Le Mandat” dans sa
parution du 17 Mai 2013 ceci: « Cours
Loba d’Adjamé / pour une note : un prof bat son élève à sang et explose
son nez »
Conscients donc de la
recrudescence de tels agissements qui ne font plus l’ombre d’aucun doute, les
acteurs du système éducatif ivoirien décident de marcher dans les sillons des
Nations Unies qui déjà, en 1989 avaient adopté la convention de Vienne assez
protectrice des droits des enfants contre les mauvais traitements[1]. Ainsi, suite à un atelier
organisé le 06 Août 2014 à Yamoussoukro sous la supervision de l’UNICEF, de
connivence avec le ministère de la famille, un code de « déontologie
et d’éthique »du personnel du système éducatif sera adopté. Et,
comme si cela ne suffisait pas, ils jugeront bon à une date ultérieure
c’est-à-dire le 24 décembre 2014 d’encadrer désormais par des interdits les
relations entre enseignants et élèves. C’est tout le sens du chapitre 3 de l’arrêté
n°111 du 24 décembre 2014 portant code de bonne conduite des personnels des
structures du Ministère de l’Education Nationale et de l’Enseignement Technique
pris par leur ministre de tutelle en la personne de Madame Kandia Kamissoko
Camara. Il est relatif aux comportements interdits et comporte deux articles
notamment les articles 5 et 6.
Ces deux articles
traitent tous deux, des comportements interdits aux agents du système éducatif
dans leur relation avec les élèves ainsi que des conséquences y afférentes que
sont les sanctions disciplinaires et les poursuites judiciaires. Sans être exhaustif,
nous citerons seulement quelques uns.Ce sont d’une part , pour l’article 5
l’interdiction de toute forme de menace sur l’élève, de toute forme de punition
physique, psychologique et humiliation à l’endroit de l’élève ,de toute forme
de discrimination notamment celle basée sur l’ethnie, la religion, la race, la
situation sociale, le genre et /ou le handicap de l’élève et d’autre part
pour l’article 6 , les relations sexuelles entre l’enseignant et l’élève,
toute forme de harcèlement sexuel sur les élèves, les attouchements sexuels sur
les élèves.
Ces deux articles à leur analyse montrent donc que l’enseignant dans son
rôle d’encadreur, de guide de l’enfant ne doit pas avoir des comportements de
nature à fausser le rapport équilibré paternel ou maternel qui devrait
normalement exister entre lui et l’élève. S’il se rendait coupable de tels agissements,
il tomberait sous le coup de sanctions prévues par le chapitre 4 de l’arrêté
ci-devant cité et les sanctions qui lui seraient appliquées seront soit celles
de premier degré que sont l’avertissement, le blâme, déplacement soit celles de
second degré allant de la radiation du tableau d’avancement à la révocation
avec ou sans suspension des droits à pension.
C’est dire au vue de tout ce qui précède, qu’un véritable arsenal juridique
a été mis en place pour décourager au maximum les enseignants qui seraient
tentés de commettre de tels actes. Mais c’est mal connaitre certains parmi eux
pour qui l’avènement de ces textes nouveaux ne constitue aucunement un facteur
démotivant à la commission de l’infraction. En témoigne d’ailleurs le fait très
récent rapporté le 12 novembre 2015 par l’Agence Ivoirienne de Presse et dont
voici le contenu : “Un instituteur a été condamné, mercredi, à cinq ans de prison ferme
par le tribunal de première instance de Tiassalé où il comparaissait pour les
faits d'attentat à la pudeur consommé avec violence sur deux mineurs de moins
de 15 ans.
Les
faits se sont déroulés courant mars 2015 dans le village de Boussoué, sous-préfecture
de Gbolouville. Le prévenu, Djidja Gnagne, instituteur à l'EPP Boussoué 1 dans
le département de Tiassalé, s'est rendu coupable d'attouchements sexuels sur
deux fillettes de neuf ans et 11 ans. Pour la première fillette, il a introduit
le doigt dans son sexe, pendant qu'il la battait en classe, et ce, en présence
des autres élèves. Pour la seconde, il a également introduit le doigt dans le
sexe quelques jours plus tard, alors qu'elle s'était rendue à son domicile pour
acheter de l'eau glacée. Profitant de ce qu'il était seul avec la petite fille,
Djidja Gnagne l'accuse d'avoir volé son eau au réfrigérateur et la bat.
Au
cours de la bastonnade, il introduit son doigt dans son sexe et la tripote dans
son salon. A la barre, le prévenu met du temps pour avouer son forfait qu'il
avait pourtant reconnu au cours de l'enquête préliminaire.
Les faits étant établis, le
Procureur l'a reconnu coupable des faits et l'a condamné à cinq ans de prison
ferme et 500.000 francs d'amende. En outre, il a été privé de ses droits
civiques et devra payer 300.000 et 400.000 à chacune des fillettes. ”
Alors, face à de tels faits nous sommes en droit de toujours nous inquiéter et de nous poser
la question qui est la suivante: Quelles solutions concrètes et véritables pour
la réduction voire l’éradication des phénomènes déshonorant le corps enseignant
dans leur rapport avec les élèves?
Nous
pensons que des ateliers postérieurs de réflexion sur ces fléaux pourront nous
donner des réponses. Pour l’heure contentons-nous de celles qui existent.
Auteurs: Jean-Marc Koffi & Têrêmê Diaby
[1] Les mauvais traitements :
L’article 19 alinéa 1 de la convention de Vienne relative au droit des enfants
en constitue le socle. Il énumère comme mauvais traitements la violence,
l’abandon, la négligence, l’exploitation et la violence sexuelle.
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